À la vue d'une perf dans son emballage je tourne de l'oeil. Vous imaginez bien que lorsque l'anesthésiste, seringue à la main, me demande si je souhaite assister à l'événement, je réponds poliment d'un non franc, puis m'assoie immédiatement pour retrouver mes esprits. Rien à faire, j'ai un rejet général sur tout ce qui touche de près comme de la loin l'univers de la santé, Sécurité Sociale comprise. « Ca va être rapide » me rassure une sage-femme. Je sais bien, mais au bout de 9 mois, les dernières minutes sont juste interminables. Particulièrement quand un mur me sépare de ma Sophie, que j'entends rigoler avec le staff dans le bloc. 10 minutes et 400 pas plus tard, elle me précise tout en zieutant par le hublot « Ca y est, ils commencent ». Avec sa main, elle me mime clairement le geste précis d'un scalpel fendant la chaire en deux. Comme si ce détail était nécessaire. Faussement décontracté, je souris, bègle quelques mots sans aucun sens, sauf en les mélangeant. Je continue mon marathon en tournant en rond. Les 100 pas, ce n'est pas une expression. C'est un fait. « Ah, votre bébé est là ». Je raidis. Une sage-femme arrive, un paquet sanglant dans les bras. Elle dépose ma fille à quelques centimètres de moi. Putain, pourquoi suis-je obliger de pleurer dès que je suis heureux. Déjà pour mon mariage, puis pour Lili-Ambre, et à présent pour elle. De par mes gènes, je cache au plus vite mon émotion. Trop intime. Trop égoïste pour la partager. Je suis pourtant le plus heureux des papas.
Ottone mesure 50cm, pèse 3,010kg et vient de rejoindre ma famille. Ma petite tribu de filles, dont je suis le mâle dominant. Et je peux vous dire que je les protège mes princesses. Toutes les trois.